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avr 15 2014

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Saleh Kebzabo a encore raté l’occasion d’être le chef de file de la vraie opposition tchadienne

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IDI et KebzaboLégislatives en 2015, présidentielle en 2016… Au Tchad, les élections approchent. C’est pourquoi, ce week-end, l’un des principaux partis d’opposition, l’Union nationale pour la démocratie et le renouveau, l’UNDR, a tenu son cinquième congrès à Moundou, la grande ville cotonnière du sud.

Au terme de ce congrès, Saleh Kebzabo a été réélu à la tête de l’UNDR. En ligne de Moundou, le député tchadien répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Est-ce que l’alternance est possible au Tchad ?

Saleh Kebzabo : Oui, elle est possible. Nous y croyons fermement et nous pensons qu’elle aura lieu en 2016, si rien ne se produit d’ici là au Tchad, et nous nous y préparons.

[NDLR de TchadPages: Non, M. Kebzabo, aucune alternance au Tchad n'est possible par la voie des urnes car le pouvoir est considéré comme un butin de guerre par Idriss Déby. Et toute la structure de l’État, s'il y a encore un État au Tchad, a été transformée pendant 24 ans pour la conservation du pouvoir. Idriss Déby ne quittera le pouvoir que par la force. Et ça, M. Kebzabo, vous le savez parfaitement, vous l'avez même dit à plusieurs reprises. Maintenant, si pour votre confort personnel, vous voulez jouer le rôle de figurant dans un casting qui sera organisé par le MPS en 2016, alors allez-y tout seul sans prendre les tchadiens pour des imbéciles ! ...]

RFI : Depuis la naissance du multipartisme il y a vingt ans, vous avez toujours perdu les élections. Est-ce que vous êtes sûr que cela peut changer ?

Saleh Kebzabo : Nous avons toujours « perdu » puisque nous avons toujours dit que le président Déby et son parti le MPS, n’ont véritablement jamais gagné aucune élection dans ce pays. Tout le monde le sait et eux-mêmes le savent. Alors ce sont nos capacités de résistance et de réplique qui ont été mises à rude épreuve. Et je pense qu’avec les années, l’expérience accumulée, nous saurons mieux gérer les élections, nous saurons garder les résultats et nous saurons résister en cas de problème quelconque.

[NDLR de TchadPages: c'est une question piège de Christophe Boisbouvier. Si pendant 24 ans, le "président Déby et son parti le MPS, n’ont véritablement jamais gagné aucune élection dans ce pays" et qu'ils sont toujours au pouvoir, alors dans ce cas pourquoi ça changerait en 2016 ? Étrange stratégie ! Peut être, M. Kebzabo pense que M.Déby a assez du pouvoir et qu'il va lui offrir sur un plateau en or. Il a le droit de rêver, mais les tchadiens ne sont pas dupes et savent que Saleh Kebzabo ne peut pas boycotter encore les élections présidentielles en 2016 sans risquer sa vie d'homme politique. M. Kebzabo, si vous voulez accompagner le MPS dans une mascarade électorale en 2016 pour vos intérêts personnels et pour votre villa fleurie, alors de grâce, faites-le sans chercher à légitimer une quelque démocratie au Tchad et surtout ne dites pas aux tchadiens que vous allez prendre le pouvoir par les urnes. Même vos partisans de l'UNDR ne croient plus à une telle fiction. Tout le monde sait qu'actuellement au Tchad, un parti n'est pas un tremplin politique mais plutôt un outil d'ascension sociale. Un outil pour capter les miettes jetées par le MPS. Alors, M. Kebzabo, jouez au clown, le MPS vous récompensera certainement par des privilèges dans le système qui monopolise le pouvoir et qui tient les tchadiens en otage depuis 24 ans. ]

RFI : A l’exception de Moundou, où vous venez de tenir congrès, le parti au pouvoir MPS tient toutes les grandes villes du Tchad. Est-ce que vous n’êtes pas en position de faiblesse ?

Saleh Kebzabo : Absolument pas. Dans ce pays au plan sociologique, nous savons que l’opposition est majoritaire. Mais nous n’avons pas les mêmes moyens que le parti au pouvoir qui a les caisses de l’Etat devant lui, qui a l’administration devant lui, qui a la chefferie devant lui. Et ce n’est pas le fait du hasard d’ailleurs, que les salaires des chefs traditionnels aient été sensiblement rehaussés depuis l’année dernière et que ceux de l’administration territoriale soient aussi rehaussés de façon très sensible cette année. Donc, on a maintenant trouvé l’alternative avec des militants beaucoup plus engagés, plus aguerris, mieux formés pour vraiment défendre les résultats que nous allons obtenir. Je vous rappelle quand même qu’une ville comme Abéché, que le MPS considère comme son bastion, a voté UNDR aux dernières législatives. Je ne dis par là que nous avons gagné cinq sièges. Nous savons dans quelles conditions le parti au pouvoir a récupéré ces cinq sièges. Donc nous allons résister, nous allons gagner. Nous savons comment faire.

[NDLR de TchadPages: Encore une question piège, décidément Christophe Boisbouvier connaît bien la réalité dans notre pays. Le Député Saleh Kebzabo devrait répondre ceci: oui en effet, Déby et le MPS ne tiennent pas seulement les grandes villes. ils tiennent aussi tous les tchadiens d'une main de fer dans une des dictatures les plus répressives au monde. Et c'est la stricte vérité ! M. Kebzabo a encore raté l'occasion d'être le chef de file de la vraie opposition.  Après 22 ans à la tête de l'UNDR, M. Kebzabo doit aussi se regarder dans la glace et céder la place à la jeunesse tchadienne. Il ne convainc plus.]

RFI : Autre problème, vos divisions internes dans l’opposition. Avec par exemple, la rivalité entre Ngarlejy Yorongar et vous-même ?

Saleh Kebzabo : Mais je pense que chacun à sa vanité, chacun à sa vantardise. Mais le moment venu il faut ravaler tout cela sous la pression des événements, sous la pression des hommes de l’opposition. Je pense qu’on est capables de ramener à la raison. Il n’y a pas que nous deux. Nous sommes plus nombreux que cela dans l’opposition. C’est le problème des ego personnels de tous les leaders de l’opposition dans tous les pays du monde. Mais lorsque nous allons prendre conscience, comme on l’a fait au Sénégal dernièrement, qu’il faut se regrouper tous face aux mêmes dangers pour le pays. Je pense qu’il y aura la capacité de se regrouper.

RFI : Depuis le boom pétrolier, le Tchad se modernise. On y construit des routes, des hôpitaux, des écoles. N’est-ce pas un bon point pour le président Idriss Déby ?

Saleh Kebzabo : Sans doute. Lorsqu’on voit tout cela de loin, on pense que c’est un bon point pour lui. Mais pour ceux qui sont dans le pays qui vivent tout cela, nos savons que tous les investissements, toutes les infrastructures, donnent l’occasion à des détournements encore massifs. Mais les Tchadiens savent surtout, dans la rue on peut vous le dire, que leur assiette n’a pas pris un gramme de plus depuis que le pétrole coule au Tchad. Bien au contraire, le niveau de vie du Tchadien moyen a diminué. Les gens ne mangent pas à leur faim, les gens ne se soignent pas correctement, leurs enfants ne sont pas bien éduqués, ainsi de suite. Donc, je crois que tout cela c’est de la poudre aux yeux. Nous avons des programmes alternatifs. On doit révolutionner tout cela et on va amener des solutions appropriées à notre pays.

Interview réalisée par Christophe Boisbouvier

Lire la suite de l’interview sur RFI: Tchad: Saleh Kebzabo, président réélu de l’UNDR

 

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2 commentaires

  1. Guira Christofer

    La politique,vraiment c’est un jeu d’enfants au Tchad!

  2. MAHAMAT

    Merci Mr GUIRA,

    Ils sont les premiers à critiquer IDI quand il se fait élire à chaque élection et au niveau de leur différent parti, ils ne veulent pas laisser la place aux jeunes qui ont adhérer à leurs idées: (Mr JEAN ALINGUE, jusqu’à être Ministre pour la fin de sa carrière….nu été la réaction des uns et des autres, il allait postulé pour le poste de représentant de son Parti au sein de la CENI: ils ont dû désigner le Maître de Conférence CAMES Mr BRAHIM Boy; même Mr SK quand son partit avait cohabité avec le MPS; et ça ce Mr veut à ce que la Jeune génération puisse oubliée. Et bien je suis désolé. Tout d’abord pour lever toute équivoque, je ne milite dans aucun parti, ni MPS, ni Opposition; alors je suis libre de mes réactions. Ces partis politiques de l’opposition restent toujours communautaire, n’en déplaise à Mr SK qui avait soulevé le cas du OUADDAÏ en disant que son parti avait gagné les élections législatives là-bas. Il se trouve que dans cette région il y a deux Institutions de l’Enseignement Supérieur ( Université Adam Barka et l’Institut Universitaire des Sciences et Techniques ), et pour celui qui connait le phénomène de la démographie du Tchad, c’est que la région du MK est la troisième ou la quatrième région d’après le dernier recensement de la population pour les élections passées; alors vous comprenez que les étudiants du MK sont nombreux et son représentant dans cette région n’est rien d’autre qu’un Mr de cette région (MK) ayant une longévité dans le OUADDAÏ donc ayant tissé des relations dans cette Région avec les Jeunes (mais n’empêche, ils ont perdu). Alors qu’on arrête de nous rendre sourd; et même si certains sont contre ce que le PR IDI fait, il faut lui reconnaître des choses.

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